Il est indéniable que la nature sauvage
des montagnes pyrénéennes a façonné le caractère du
berger des Pyrénées. A cet égard le standard précise même
la pointe de méfiance qui le caractérise. Méfiance mais
aussi influx nerveux sont des qualités requises pour un
chien soumis à un travail rigoureux effectué dans des
conditions de terrains difficiles. Nous sommes, ne
l'oublions pas, en montagne où la hardiesse, le dynamisme,
l'endurance et la frugalité sont les meilleurs atouts d'un
chien de travail. Le berger des Pyrénées les possède
tous. Ils sont la trame de son caractère. Physiquement, le
berger des Pyrénées est également parfaitement adapté à
sa tâche. Sa taille réduite, son poids faible en font un
auxiliaire très efficace. Dans ces régions escarpées nul
n'est besoin d'un chien trop puissant qui risque d'être également
moins agile et qui peut même devenir un danger pour les
brebis en les bousculant. La taille du berger des Pyrénées
n'excède pas 0,48 m pour un mâle et son poids tourne
autour des 10 kilos. Un avantage supplémentaire pour son maître
qui peut le transporter rapidement... sur son vélomoteur
jusqu'à l'alpage le cas échéant!
Méfiance, vif influx nerveux, petit
gabarit font le berger des Pyrénées. C'est son patrimoine.
Viennent s'y ajouter une frimousse très sympathique, tour
à tour rieuse ou sévère, et une fourrure opulente.
C'est presque le superflu. Mais c'est
souvent ce superflu qui rend le berger des Pyrénées si
attractif, bien loin des motivations qui incitent un berger
à utiliser cette race. Il serait regrettable sous prétexte
d'urbanisation d'oublier comment fonctionne un berger des
Pyrénées.
Ce n'est certes pas un chien comme la
plupart des autres. Les néophytes s'en aperçoivent
d'ailleurs relativement vite surtout s'ils n'ont pu glaner
aucune bonne information sur leur futur compagnon avant de
l'acquérir. A la limite, le berger des Pyrénées n'est pas
à conseiller aux personnes qui n'ont jamais eu de chiens.
Mais personnellement, ce fut mon cas et aujourd'hui je
regretterais certainement de ne pas l'avoir connu! Mais il
serait sans doute judicieux de prévenir les personnes qui
n'ont pas le goût de la discipline que ce charmant petit
chien pourrait les surprendre par un certain abus d'autorité
canine...
Le berger des Pyrénées est né pour se
rendre utile. Sa vitalité à fleur de peau ne cherche qu'à
s'extérioriser, si on peut lui confier une tâche: garder
les brebis, la maison, les poules, il fera honneur à son maître
et s'en acquittera avec acharnement. S'il n'a rien d'autre
à faire que satisfaire l'affection de son maître, il est
impératif de trouver des subterfuges à sa grande quête
d'activité. Il est également indispensable de lui faire
comprendre que même s'il n'a rien à faire, il lui est impératif
de se soumettre aux ordres de son maître, au moment où il
les exprime.
Comme la plupart des chiens de berger,
notre petit Pyrénéen est un chien soumis qui a besoin
d'avoir un vrai maître, un chef de meute en quelque sorte.
Sinon...sinon c'est le chien qui prend la directive
d'assumer cette fonction avec tous les moyens dont il peut
user malgré sa petite taille. On a peine à croire qu'un
petit poilu d'apparence si plaisante puisse devenir un chien
aussi difficile, hargneux et parfois agressif avec son
entourage.
De nombreux bergers des Pyrénées mal
compris et donc jamais éduqués ont servi une très
mauvaise publicité à leurs congénères. On a entendu
certains vétérinaires dire qu'ils étaient mé-chants.
Nous le répétons: il s'agit là non d'un trait de caractère
inné mais du résultat d'une absence totale d'éducation et
de maîtrise du chien.
Le berger des Pyrénées est un chien
extrêmement intelligent dans son travail intuitif et aussi
roublard. Le devoir de tout maître attentif est de lui
permettre de révéler ces qualités pour leur pro-fit réciproque.
Sinon le berger des Pyrénées est assez malin pour déceler
les failles de leur coexistence et les mettre à son unique
avantage. Ce faisant, cet animal de meute qu'est le chien ne
sera pas vraiment équilibré et traduira son instabilité
caractérielle par un comportement inadéquat.
Le berger des Pyrénées est méfiant de
nature. On a même pu lire que parfois, dans les fermes pyrénéennes,
seul le berger, son maître, pouvait l'aborder. Comment
expliquer une telle méfiance si ce n'est en replongeant ce
chien dans son environnement naturel; des vallées
relativement isolées et la solitude des alpages. Et ceci
des siècles durant. Ajoutons à cela les rapports assez
frugaux que les bergers entretiennent avec leurs chiens. Ce
ne sont pas des toutous de compagnie mais des travailleurs.
On les respecte pour ce qu'ils font, sans plus. Beaucoup de
nos bergers citadins auraient gagné à ne pas être trop
dorlotés et à être considérés comme de bons chiens.
Avec un tel cabochard un peu de rudesse ne nuit pas. Au
contraire. Cette méfiance naturelle est souvent considérée
comme de la crainte. Il n'en est rien. Le berger des Pyrénées
est en quelque sorte un chien prudent. Il ne se lie pas
facilement avec celui qu'il ne connaît pas. Il refuse même
de se laisser toucher. C'est parfois un grand avantage car
ce n'est pas le genre de chien qui se laisserait facile-ment
enlever par n'importe qui. On peut très bien le laisser à
la porte d'un magasin (en lui intimant l'ordre de ne pas
bouger) sans risquer de ne pas le retrouver à la sortie. En
revanche, un bon maître devrait obtenir que son berger se
laisse toucher tranquillement soit par un juge en exposition
soit par le vétérinaire. Le chien peut marquer un temps
d'arrêt mais doit faire suffisamment confiance à son maître
pour obtempérer le moment voulu.
En corrélation étroite avec la méfiance
innée du berger des Pyrénées, le maître peut être
confronté à la vivacité de voix de son chien. Le berger
des Pyrénées est aboyeur, c'est un fait qu'on ne saurait
nier. Un avantage certain; personne ne longera votre propriété
ou votre appartement ou votre voiture sans que vous ne soyez
averti! C'est comme cela, il aboie, c'est dans sa nature, et
c'est, devrait-on ajouter, un atout dans sa fonction de maîtriser
le troupeau. Les remèdes? En atténuer la durée
uniquement. Mais si vous ne supportez pas les aboiements
d'un chien, il ne faut pas prendre un berger des Pyrénées
ou porter des boules "Quiès"! L'aboiement chez
lui est naturel et, pourrait-on dire, partie intrinsèque du
personnage. Le berger des Pyrénées possède un maximum
d'influx nerveux. C'est un chien toujours sur le qui-vive,
un véritable concierge en zone urbaine, 100 000 volts s'il
est en liberté. De la dynamite que rien ne semble exténuer
véritablement. En promenade, il va inlassablement de l'un
à l'autre, retraçant le cercle autour de son troupeau
familial. Bref, c'est un chien d'action qui sera ravi
d'accompagner son maître faire son jogging ou son entraînement
à vélo. Il aime participer. C'est également un chien tout
indiqué pour l'agility dog et d'autres activités canines
telles que le pistage ou la recherche en décombres.
Un berger des Pyrénées n'est pas
vraiment à sa place en ville, mais il peut y vivre à
condition que son maître sache respecter ses besoins
d'activité et aussi de présence. Il serait douloureux pour
un tel chien de rester enfermé tout seul pendant sept à
huit heures par jour quand ses maîtres sont au travail. Même
s'il a la possibilité de sortir et de se détendre avant
leur départ et après leur retour. On ne peut cloisonner
aussi longtemps un chien tellement actif de nature sans
risquer d'en faire un hypernerveux qui deviendra vite un
fardeau à supporter. Ceci ne veut pas dire qu'un berger des
Pyrénées ne puisse pas rester seul. Au contraire, il en
est tout à fait capable dans le mesure où cette solitude
et cette inaction forcée ne sont pas son lot quotidien.
Sans compter qu'en l'absence de tout contrôle il pourrait
aboyer toute la journée au grand désespoir des voisins, et
ne manquant pas de provoquer la juste colère!
Le berger des Pyrénées, chien de berger
par excellence, a toujours vécu en contact étroit avec
l'homme même si ce contact n'était que visuel et auditif.
Ce chien a un besoin énorme de pré-sence. Sans son maître
il ne sait que faire. A la limite (mais il ne faudrait pas
en faire un principe), il serait plus heureux dans un petit
studio en compagnie de son maître que livré à lui-même
toute la journée dans une immense propriété à la
campagne. La vie citadine ne lui sera donc agréable que
dans la mesure où il pourra bénéficier de la présence de
son maître; d'activité de délassement telles que sorties
en liberté au bois ou dans un parc, d'un minimum d'une
heure et demie, et qu'on aura su l'éduquer pour en faire un
chien agréable à vivre. |